Les maoïstes et les partis politiques au pouvoir au Népal s’engagent à abolir la monarchie Le PCN-M accepte de prendre part à nouveau au gouvernement

PÉKIN CORRESPONDANT

L’annonce de l’abolition prochaine de la monarchie népalaise et de la transformation du royaume en république - une perspective rendue possible à la suite d’un accord signé, dimanche 23 décembre, à Katmandou, entre les maoïstes népalais et la coalition des six partis au pouvoir - devrait pouvoir débloquer une situation politique grippée depuis des mois. Si l’accord est respecté entre des partis connus pour leurs incessantes querelles, le Népal s’apprête à négocier un tournant décisif de son histoire.

Les ex-rebelles maoïstes - qui avaient déclaré la « guerre du peuple » en 1996 et déclenché une insurrection qui a fait quelque 13 000 morts - ont donc accepté de revenir prochainement au gouvernement après s’en être spectaculairement retirés en septembre. Ils affirmaient se sentir marginalisés au sein du processus de paix conclu en novembre 2006. Surtout, ils exigeaient une abolition immédiate de la monarchie et un changement du système électoral. Ils approchent aujourd’hui de leurs objectifs.

« Le pays sera déclaré république fédérale démocratique dans une Constitution provisoire », ont annoncé les six partis de la coalition et du mouvement maoïste dans un communiqué conjoint. « Mais nous n’appliquerons cette décision qu’après l’élection d’une assemblée constituante », précise le texte. Cette élection, déjà repoussée à deux reprises, devrait avoir lieu d’ici à la fin de l’année népalaise, qui se termine le 12 avril. L’un des partis signataires a indiqué que le gouvernement déposerait une motion au Parlement intérimaire en vue d’amender la Constitution provisoire, afin de garantir l’accord de dimanche.

Le nombre de sièges de l’Assemblée constituante a été augmenté à 601, dont 335 attribués à la proportionnelle. Les maoïstes, qui réclamaient une généralisation de ce mode électoral qui leur est favorable, ont fait une concession. Si tout va bien, les anciens guérilleros - partisans d’un « gouvernement du peuple » -, qui avaient lancé leur insurrection armée depuis des districts situés sur les franges occidentales de l’Himalaya népalais, devraient ainsi revenir au gouvernement le 12 avril 2008.

« DANS LES LIMBES »

Selon le communiqué commun, ce gouvernement assurera le processus d’intégration des anciens combattants, probablement dans les rangs de la police armée, en échange d’une restitution par les maoïstes des biens et des terres saisis durant les années de guerre.

Dépouillé de la plupart de ses prérogatives à l’issue des violentes manifestations du printemps 2006, lorsqu’il avait dû renoncer au pouvoir absolu qu’il s’était arrogé un an auparavant, sa Majesté le roi Gyanendra ne devrait pas constituer un obstacle à cette transition. « Si le roi conspire pour empêcher les élections, alors le Parlement intérimaire pourra décider à la majorité des deux tiers de ses membres de déclarer la république avant le scrutin », a assuré le ministre des finances, Ram Sharan Mahat.

Les partis non maoïstes ont beau avoir affronté eux aussi le roi en 2006, leurs chefs n’étaient pas pour autant obsédés par l’abolition de la monarchie. Bien que l’actuel souverain soit décrié par beaucoup, il est perçu comme le garant d’une certaine stabilité. « Mais si le gouvernement avait refusé de céder aux exigences des maoïstes, la guerre aurait repris, inéluctablement. Le premier ministre, Girija Prasad Koirala, a dû opter pour un compromis : il sait que les maoïstes refuseront toute solution politique tant que la promesse du passage à la république ne sera pas assurée », explique Kunda Dixit, directeur de l’hebdomadaire Nepali Times. « Pour l’heure, le Népal est dans les limbes : il n’est plus tout à fait une monarchie mais il a encore un roi », ajoute-t-il. Reste à faire de cette monarchie pluricentenaire, coincée entre la Chine et l’Inde, une république fédérale où coexistent 103 ethnies s’exprimant dans 93 langues et dialectes différents.

* Article paru dans le Monde, édition du 26.12.07.

LE MONDE | 25.12.07 | 17h21 • Mis à jour le 25.12.07 | 17h21.


Les maoïstes acceptent de prendre part à nouveau au gouvernement népalais

Les anciens rebelles maoïstes ont rejoint, dimanche 30 décembre 2007, le gouvernement provisoire du Népal, deux jours après le vote du Parlement en faveur de l’abolition de la monarchie dans le petit pays himalayen.
Les rebelles, qui ont déposé les armes, mettant fin à dix ans de guérilla, après un accord de paix conclu en 2006, avaient quitté le gouvernement avec fracas en septembre, en se plaignant d’être trop peu représentés dans le processus de paix. Ils exigeaient surtout la fin du régime monarchique et l’introduction du système proportionnel pour les prochaines élections. Celles-ci ont déjà été repoussées par deux fois. Elles sont destinées à désigner une Assemblée constituante.

CINQ MINISTRES

Un communiqué gouvernemental a précisé, dimanche, que le premier ministre, Girija Prasad Koirala, a nommé cinq ministres et deux secrétaires d’Etat maoïstes au gouvernement. Ceux-ci devaient prêter serment ce lundi.

Le porte-parole des maoïstes, Krishna Bahadur Mahara, deviendrait ministre de l’information et des communications. De même, ceux qui furent les dirigeants de l’ancienne guérilla, Dev Gurung et Matrika Prasad Yadav, obtiendraient respectivement les postes de ministre du développement local et ministre des forêts.

Toutefois, le roi Gyanendra restera pour le moment sur le trône, la transformation du Népal en République ne pouvant prendre effet qu’après la réunion de l’Assemblée constituante. Les élections pour désigner cette nouvelle assemblée ne pourront théoriquement pas se tenir avant la mi-avril. - (AFP.)

* Article paru dans le Monde, édition du 01.01.08.

LE MONDE | 31.12.07 | 15h31 • Mis à jour le 31.12.07 | 15h31

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