Pékin se félicite du rejet de la candidature taïwanaise à l’ONU

, par PHILIP Bruno

PÉKIN CORRESPONDANT

La Chine a qualifié de « grotesque » la tentative avortée de Taïwan de devenir membre de l’ONU, se félicitant, mardi 24 juillet, par la voix de son ambassadeur aux Nations unies, de cet échec des « forces séparatistes » à l’œuvre dans l’île « rebelle ».

Le chef de l’Etat taïwanais, Chen Shui-bian, avait formellement proposé la semaine dernière au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, d’intégrer l’ONU sous le nom de « Taïwan » et non plus sous l’actuelle dénomination de « République de Chine ». La proposition a été rejetée, la République populaire de Chine étant, depuis son intégration à l’ONU en 1971, considérée comme « la seule représentation légale de la Chine ».

L’affaire ne se limite pas à une simple question de sémantique. Depuis la défaite des troupes du Kuomintang de Tchang Kaï-chek, en 1949, et leur fuite à Taïwan, celle-ci est politiquement souveraine. Mais la communauté internationale accepte, dans son ensemble, le tortueux concept d’« une seule Chine » imposée par Pékin pour empêcher que l’île ne déclare formellement son indépendance. Il s’agit de garantir un étrange statu quo permettant à la fois à la République populaire d’affirmer l’unité des « deux rives » du détroit de Taïwan et au reste du monde de reconnaître la souveraineté de facto de l’île... En tentant d’imposer le vocable « Taïwan » et d’affirmer la singularité identitaire de son pays, le président taïwanais a irrité les hiérarques de la capitale impériale pour laquelle pareille provocation peut devenir un casus belli.

M. Chen s’est indigné, dans sa lettre au secrétaire général de l’ONU, que la communauté internationale dédaigne les efforts « des 23 millions de Taïwanais qui professent les valeurs universelles de la liberté, de la démocratie, des droits de l’homme et de la paix ». Sous entendu : pas comme « les autres », les Chinois de l’autre côté du détroit... C’était la quinzième fois que la demande par les autorités de Taïpeh de devenir membre de l’ONU était rejetée, mais l’inclusion du nom « Taïwan » marque une rupture avec le passé.

Depuis son élection à la tête de la « République de Chine », le chef de l’Etat taïwanais n’a eu de cesse de faire pencher la balance vers une plus grande affirmation de l’identité de son pays, tout en se gardant de franchir le cap d’une déclaration formelle d’indépendance. A peine a-t-il fait inclure le mot « Taïwan » en remplacement du mot « Chine » dans la dénomination de la Poste...

Sa dernière gesticulation concerne la réécriture des manuels d’histoire pour les écoliers. Le 22 juillet, le ministère de l’éducation taïwanais a fait savoir qu’il réfléchissait au moyen de bientôt supprimer dans ses manuels 5 000 mentions « inappropriées » entretenant la « confusion » entre les cultures chinoise et taïwanaise... En mai 2008, Chen Shui-bian se retirera des affaires et entend « taïwaniser » à tous crins avant de céder la place à un successeur qui risque d’être moins travaillé par les questions identitaires...

P.-S.

* Article paru dans le Monde, édition du 28.07.07. LE MONDE | 27.07.07 | 15h56 • Mis à jour le 27.07.07 | 15h56.

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