La Marche mondiale des femmes et le FSM de Nairobi

, par MMF

Du 20 au 25 janvier 2007, avait lieu à Nairobi au Kenya, la 7e édition du Forum Social Mondial. Il s’agissait du premier forum mondial a avoir lieu sur le continent africain. Il y a bien sur eu le forum polycentrique à Bamako en 2006, mais celui de Nairobi était le premier Forum social mondial unique tenu en sol africain. Voici un compte-rendu sommaire de ce dernier forum et les questions qu il a soulevées.

Commencons tout d abord par parler des activités que la Marche mondiale des Femmes a organisé dans le cadre de ce 7e Forum social mondial. Nous savions, dès le départ que le fait de ne pas avoir de Coordination nationale au Kenya pour travailler sur le terrain à l’organisation de nos activités et à la réalisation du Forum était problématique. Nous avons heureusement pu avoir le concours d’une jeune femme membre d’un groupe de jeunes militantes féministes qui font des interventions théatrales sur divers sujets importants pour la société kényanne, s’appelant les « 5 C » (pour 5 siècles de colonialisme). Grace à leur travail, la délégation de la Marche incluait des femmes des quartiers les plus pauvres de Nairobi et cela a permis de créer la base pour former une Coordination de la Marche au Kenya. Nous avons été visibles tout au cours du forum avec un foulard mauve reprenant notre slogan de « Changer le monde/Changer la vie des femmes ».

Nous souhaitions profiter du FSM pour donner une voix au mouvement des femmes en Afrique et renforcer son leadership au sein de la Marche mondiale des Femmes. Il y avait des femmes de la Marche d’environ 10 pays africains présents au FSM. Une réunion a été tenue pour permettre de rencontrer les femmes du Kenya intéressées à participer a la Marche et proposer une facon de poursuivre le travail au niveau régional.

Nous avons tenu des ateliers pour parler de migration et violence envers les femmes, présenter ce qu’est la souveraineté alimentaire et renforcer la nécessaire alliance entre les femmes du monde rural et du milieu urbain, aborder les questions liées au travail et, de façon plus générale, comment la Charte mondiale des femmes pour l’humanité peut servir pour construire les alternatives souhaitées par plusieurs mouvements sociaux. La Charte, qui a fait le tour du monde, et la courtepointe de la solidarité ont été présentées au FSM.

Sur la question de la paix et la démilitarisation, question cruciale pour le continent africain et les Africaines, les femmes de COCAFEM de la région des Grands Lacs africains (la Coordination sous-régionale de la Marche mondiale des Femmes) ont participé à une caravane partie du Burundi a laquelle des femmes de la République Démocratique du Congo et du Rwanda se sont jointes. Il y a ainsi 4 femmes de la Marche provenant de la région des Grands Lacs qui ont participé pour la première fois au FSM, après un trajet d’une durée de 3 jours, et ont pu y parler de la question de l’engagement des femmes de leur région dans la construction de la paix et la lutte à la militarisation. Elles ont profité de cette caravane pour renforcer les liens entre les sociétés civiles de ces pays respectifs et mettre les femmes à l’avant-plan.

Rendues sur place, elles ont participé avec l’ensemble de la délégation de la Marche aux activités organisées par un réseau allié, Femmes de paix autour du monde. Ces dernières nous ont invité a travailler plus étroitement a rendre la question de la paix et de la démilitarisation visible a l’intérieur du FSM. De nouvelles alliances ont aussi été créées et d’autres renforcées via la participation à un Forum sur la mondialisation et le travail, le Forum sur la diversité et la participation a l organisation de l’assemblée des mouvements sociaux.

Le défi de réaliser l’événement mondial du FSM en Afrique était très grand : le FSM devait permettre de rejoindre un maximum d’organisations africaines et de mouvements sociaux et leur donner l’occasion de travailler ensemble et de créer ou renforcer des liens dans l’action ; il devait aussi se situer en
continuité avec les FSM préalables cherchant à identifier les alternatives communes à la construction de cet autre monde.

Plusieurs inquiétudes ont été exprimées durant le FSM et lors de la rencontre du Conseil international qui a suivi concernant la question de l’accessibilité du forum dans son sens large et plus particulièrement aux personnes les plus pauvres. Le coût d’inscription pour les individu.e.s représentait, pour la majorité de la population du Kenya, l’équivalent d’une semaine de salaire. Ce prix avait déjà été négocié à la baisse par le comité organisateur, mais des exigences de rentabilité économique du FSM, qui accumule des déficits depuis quelques années, ont eu préséance. De même, la question de la sécurité des participantes a été invoquée pour justifier le choix du lieu du forum dans un endroit éloigné du centre ville ce qui rendait le forum encore plus inaccessible.

L’incohérence d’avoir, comme dans plusieurs forums précédents, de grandes transnationales finançant le Forum ou l’utilisation de traiteurs très dispendieux pour tenir les kiosques de nourriture a été dénoncée. Tout cela renchéri les critiques de la commercialisation accrue du Forum. Il nous faut apprendre des leçons des forums préalables et s’assurer que le forum soit collé aux réalités du pays ou le Forum a lieu et les luttes qui y sont menées.

Malgré ce sombre portrait, nous avons vécu de magnifiques rencontres et créé des liens avec des groupes et plusieurs femmes et hommes tout au cours de cette 7e édition du Forum social mondial. Nous avons pu établir des contacts importants pour la Marche en Afrique, faire de nouvelles alliances avec des groupes féministes et des groupes appartenant à des mouvements sociaux avec qui nous souhaitons poursuivre la route et approfondir nos réflexions et nos luttes. Nous avons tout de même la responsabilité d’approfondir la nécessaire réflexion sur le futur de cet outil qu’est le Forum social mondial pour accroître notre lutte contre les causes de la pauvreté et la violence envers les femmes. Comme Marche mondiale des femmes, nous continuons cette réflexion et voulons donner au processus du Forum et au Réseau mondial des mouvements sociaux qui en a émergé, un nouveau souffle pour que ces outils remplissent notre désir de changer le monde.

P.-S.

* Paru dans le Bulletin de liaison internationale de la Marche mondiale des femmes, vol. 10, numéro 1 - mai 2007.

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